Nous sommes en 1997. J'ai 8 ans. Jusqu'ici, ma vie de jeune joueur consistait à incarner des plombiers italiens sauvant des princesses, ou des chevaliers sans peur et sans reproche combattant des dragons. Le schéma était toujours le même : le Bien contre le Mal, et je devais être le gentil.
Et puis, un studio anglais nommé Bullfrog (dirigé par le génial Peter Molyneux) a débarqué avec une proposition indécente : « Et si, pour une fois, le méchant, c'était vous ? »
Dungeon Keeper n'était pas juste un jeu de stratégie. C'était une révélation. C'était ma crise d'adolescence vidéoludique avant l'heure.
"C'est bon d'être mauvais"
Le slogan du jeu ("It’s good to be bad") résumait tout. Dans Dungeon Keeper, vous êtes l'entité maléfique qui vit sous terre. Votre but ? Construire le donjon le plus dangereux, le plus glauque et le plus efficace possible pour attirer des créatures monstrueuses et repousser les assauts des "Héros" de la surface.
Ah, ces Héros... Des chevaliers en armure étincelante, des magiciens prétentieux, des nains mineurs. Dans n'importe quel autre jeu, ils seraient les protagonistes. Ici ? Ce sont des nuisibles. Des cafards qui viennent piller VOS trésors et détruire VOTRE dur labeur.
Quel plaisir sadique, presque coupable au début, de voir un groupe de héros tomber dans un piège à rochers, pour ensuite lâcher sur les survivants un Démon Bileux (qui pète littéralement sur ses ennemis) ou la star du jeu, le terrifiant Cornu (Horned Reaper).
Le Management par la baffe
Ce qui m'a fait passer des centaines d'heures sur ce jeu, c'est son ambiance unique, mélange d'humour très noir et de gestion pointue.
Le gameplay était révolutionnaire. Vous ne contrôlez pas directement vos créatures. Vous construisez des salles (la tanière pour dormir, le couvoir pour manger des poulets, la salle d'entraînement...), et si le donjon est accueillant, les monstres viennent.
Mais ce sont des créatures du mal, elles sont paresseuses et indisciplinées. La solution de Bullfrog ? La "Main du Mal". Votre curseur est une main gantée de fer. Pour motiver un lutin qui ne creuse pas assez vite ? Une baffe. Pour forcer un sorcier à faire de la recherche ? Vous l'attrapez par la peau du cou et vous le jetez dans la bibliothèque. Ce management "tactile" était incroyablement satisfaisant et drôle.
Et comment oublier la possibilité de posséder une créature ? D'un clic, on passait en vue à la première personne dans les yeux d'une mouche ou d'un dragon. En 1997, voir son propre donjon en 3D de l'intérieur, c'était de la pure magie noire.
Comment y jouer aujourd'hui ? (Instant Daron Tech)
La bonne nouvelle, c'est que ce chef-d'œuvre n'est pas mort. Si vous avez gardé votre vieux CD-ROM rayé, oubliez-le, il ne tournera pas sur Windows 11.
- La voie légale et facile : Le jeu est disponible sur GOG.com pour une poignée d'euros, optimisé pour tourner sur les PC modernes via DOSBox.
- La voie royale (et Linux friendly) : La communauté a créé KeeperFX. C'est un moteur open-source qui réécrit le jeu pour les systèmes modernes. Il corrige les bugs, améliore la résolution et tourne nativement sous Windows et parfaitement sous Linux (via Wine/Lutris). C'est la version ultime.
Si vous n'avez jamais goûté au plaisir d'être le grand méchant de l'histoire, corrigez cette erreur. Vos lutins vous attendent (et ils ont besoin de baffes).